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Marco Impagliazzo

Président de la Communauté de Sant’Egidio
 biographie

C'est avec une profonde émotion que je prends la parole en ce lieu où l'histoire - pour le meilleur et pour le pire - a tant parlé. Je me demande, nous nous demandons : est-ce qu'une rencontre comme la nôtre s’inscrit aussi dans l'histoire de cette ville ? Et, pourrions-nous ajouter – comme nous l'avons entendu dans les paroles sages des représentants des religions qui se sont exprimés ces jours-ci – : notre rencontre ne provoque-t-elle pas un mouvement, petit, certes, mais décisif, un mouvement destiné à devenir une vague ample, une vague de bien pour de nombreux peuples ?

En toute humilité, je le crois !

Même quand nous ne nous en rendons pas compte, dans l'histoire, il y a des mouvements profonds qui provoquent des mutations, des transformations qui ne deviennent claires et évidentes qu'à un certain moment. Aujourd'hui, nous sommes dans l'un de ces moments -presque miraculeux - où tout nous semble plus clair.
Il me semble qu'après 37 ans de chemin, d'Assise à Berlin, nous devons dire que quelque chose de profond a vraiment changé dans le monde des religions. Ici, un autre mur est tombé. Oui : un mur de méfiance, d'ignorance et de sentiment de supériorité des uns à l’égard des autres est tombé. Aujourd'hui, après tant d'années passées à marcher ensemble, nous voyons tomber ce mur qui nous séparait. Les religions, dans leur diversité, ont appris à coexister, à être complémentaires et solidaires, à ne plus se battre, à ne plus rivaliser les unes avec les autres, mais plutôt à se réunir, les unes à côté des autres. Cette percée historique s'est produite parce que les religions ont fait de la paix leur langue commune. C'est-à-dire qu'elles ont cru que la parole avait le pouvoir de les changer: une parole de paix, amicale, respectueuse et douce, mais qui possède une grande force historique.

Aujourd'hui, nous parlons la même langue, la langue de la paix !

C'est un résultat considérable grâce auquel nous nous présentons encore plus crédibles devant ce monde : plus crédibles face à la politique, à la diplomatie, à la culture. Les États d'aujourd'hui sont plus éloignés les uns des autres que les religions. Nous sommes donc plus crédibles devant notre peuple et devant le monde.

Aujourd'hui, le désir de paix acquiert une plus grande crédibilité précisément parce que nous constatons avec tristesse, et parfois avec horreur, combien la paix a été gaspillée, maltraitée, piétinée dans tant de situations. Et cela cause de grandes souffrances aux personnes. Nous avons ressenti une urgence face à une telle douleur et avons travaillé sur nous-mêmes pour devenir, tous ensemble, des disciples de la paix.
Aujourd'hui, nous le disons avec une énergie renouvelée : les religions ne sont pas un phénomène résiduel, quelque chose du passé, du monde d'hier, elles font l'histoire dans le présent et, purifiées de tant d'erreurs et de peines, elles regardent vers l'avenir du monde. Voilà une grande richesse qui donne de l'espoir aux peuples.

Les religions disent au monde que la paix est possible, même là où il ne semble y avoir pas de place pour la paix, pas d'autre issue. Les religions disent que l'histoire peut changer, parce que la prière au Tout-Puissant met le monde entre les mains de celui qui a surmonté l'impossible.
Nous avons entendu ces jours-ci tant de belles choses, des paroles pleines d'espoir devenues une ressource inattendue qui nous a été révélée. Nous voyons de nos propres yeux ce qu'Andrea Riccardi définit comme les surprises de l'histoire. Oui, l'histoire est pleine de surprises. À Berlin, nous avons été émerveillés et remplis de joie de voir un autre mur tomber.
Nous sommes différents, mais nous sommes plus forts et plus solidaires ensemble, unis dans la recherche de la paix et de l'estime que les croyants ont appris à avoir les uns pour les autres.

C'est cette surprise de l'histoire qui crée un avenir commun. Nous ne pouvons que nous en réjouir ensemble. Ici, nous voyons une grande ressource pour la paix mondiale, ce qui nous donne de l'espoir.